Brown Ale, la « malt aimée »

En cette fin de période estivale où les bières légères, surettes, houblonnées et autres dites de « session » ont occupé le devant de la scène avec leurs saveurs tropicales et/ou rafraîchissantes, il faut reconnaître que la Brown Ale n’est clairement pas la star des terrasses ensoleillées. Victime d’un nom qui lui vaut d’être régulièrement rapprochée des Stouts par les consommateurs occasionnels, la Brown Ale est pourtant éloignée de cette catégorie comme nous le verrons un peu plus tard.

Son image de bière de pub anglais poussiéreux lui a souvent valu d’être ignorée lors du renouveau brassicole des années 90-2000, autant par les brasseries que par les beergeeks. Mais comme toujours, les choses mises de côté réussissent toujours à revenir sous les projecteurs, et grâce à sa haute buvabilité et à ses arômes de fruits à coques permettant de nombreux « food-pairing« , la Brown Ale marque clairement son retour.

 

20150206-gouda-brown-ale-vicky-wasik-1Brown Ale & vieux Gouda
(Source : www.seriouseats.com)

 

Un peu d’histoire

Les Brown Ales (appellation incluant également les Porters et les Stouts à l’époque) étaient originellement fortes et brassées avec des malts bruns et ce jusqu’au début 1800, période où les brasseurs lui ont préféré l’utilisation de malts pales beaucoup moins coûteux.

Ce changement d’ingrédients lui vaudra de disparaître du paysage brassicole anglais pendant presque un siècle jusqu’à ce qu’un brasseur londonien démarre la production d’une bière portant son nom, la Manns Brown Ale, relançant par la même occasion l’appellation du style oublié.

Pour des raisons de conservation, ces Ales brunes étaient généralement plus alcoolisées que les Ales blondes, ce qui participa entre autres à leur succès – succès qui coïncidera avec la hausse de la demande de bières en bouteille au Royaume-Uni. Cette notoriété durera jusqu’au début des années 50, période où les Brown Ale fortes disparaîtront totalement du paysage pour laisser la place aux versions plus légères.

Si des rapports commerciaux anglais des années 70 mentionnaient que 90% des brasseries anglaises produisaient au moins une Brown Ale, ce style ne représentait à peine 15% des bière embouteillées, chiffre qui chutera à 4% en 1976. Le désintérêt complet de la population pour le genre couplé à la disparition des brasseries régionales pendant les années Thatcher furent quasiment fatals à la Brown Ale, style qui ne survivra uniquement que par la Manns et surtout la Newcastle Brown Ale – qui est loin d’être la plus fidèle représentante du genre comme l’explique très bien Martyn Cornell.

Alors, adieu la Brown Ale ? Pas vraiment, puisqu’à l’image de l’histoire des IPA, le style a depuis longtemps traversé l’Atlantique où le boom des microbrasseries a permis au style de continuer à exister et à évoluer vers une catégorie propre au continent nord-américain : la American Brown Ale, version plus houblonnée popularisée par la célèbre Pete’s Wicked Ale.

 

manns-brown-ale-becSource : www.45spaces.com

 

Un nom, plusieurs genres

Comme on a pu le voir, tout est parti du Royaume-Uni et a continué à évoluer en un genre propre du côté des USA, et forcément cela amène des débats et des confusions entre noms, appellations, labels etc … Je vous épargnerai également un passage sur la différence entre la Northern Brown Ale et la Southern Brown, le magazine Bières et Plaisirs l’ayant très bien fait il y a quelques mois de cela.

Étant plutôt accroc à la musique, je me suis toujours tenu loin des classifications et autres débats sur les styles et encore plus de ceux (souvent stériles) portant sur les sous-catégories. Mêmes principes pour la bière, d’autant plus depuis ce jour où j’ai découvert qu’il existait des bières dites « blanches » de couleur noire (Cuvée d’Oscar) – je dois d’ailleurs avouer que j’adore imaginer que le terme français de bière blanche pourrait provenir d’un génie ayant mal traduit « wheat beer » pensant que wheat signifiait blanc…

Mais revenons à notre sujet. Quand on parle de styles et de catégories dans le milieu brassicole, la référence reste le BJCP (Beer Judge Certification Program) dont la catégorisation prévaut dans quasiment tous les concours de bière « labelisants« . Même si cette catégorisation hérisse beaucoup de gens (et de brasseurs), elle permet tout de même de faire ressortir des points communs à plusieurs types classés dans une même catégorie.

 

BJCP-logo

 

Caractéristiques principales liées aux Brown Ale selon le guide :

  • Variante anglaise  : catégorie des Brown British Beers
    • Trois types : Dark Mild, British Brown Ale, English Porter.
    • Apparence : le corps – non troublé – présente une couleur allant du cuivré clair au brun foncé (SRM de 12 à 30).
    • Nez : malté, légèrement toasté, présence de notes rappelant le caramel ou le toffee et surtout un arôme qui rappelle les noix/noisettes.
    • Goût : comme pour le nez, c’est le caractère doux, malté mais peu sucré qui est commun aux trois types. On retrouve également le côté légèrement toasté, le caramel une touche un peu « terreuse » et bien entendu les notes de fruits à coques dans les caractéristiques communes. L’amertume est généralement très basse (10 à 30 IBU).
    • Alcool : entre  3% et 3.8% pour les Mild Ales et de 4% à 5.4% pour les deux autres.
  • Variante américaine : catégorie des Amber & Brown American Beers
    • Trois types : American Amber Ale, California Common, American Brown Ale – ici seule la dernière nous intéressera, les deux autres étant plutôt des ambrées.
    • Apparence : corps clair à la couleur allant du marron clair au brun plus foncé que les variantes anglaises (SRM 18-35).
    • Nez : similaire à la catégorie anglaise toute fois accompagné par des notes houblonnées qui apportent un caractère fruité léger.
    • Goût : souvent plus sèches que les anglaises, les Brown Ales américaines conservent toutefois les mêmes caractéristiques toastées, caramélisées et les notes de noisettes, le tout complété par le fruité des houblons  qui ne doit toutefois jamais prendre le dessus sur le caractère malté de la bière.
    • Alcool : 4.3% à 6.2%

Pour résumer, et ce malgré les différents types, on peut décrire la Brown Ale comme étant une bière peu alcoolisée présentant une robe non-opaque et non-troublée oscillant du cuivré au brun. Elle sent et goûte le malt légèrement toasté et caramélisé et propose des arômes rappelant fortement la noix ou la noisette.

Malgré son caractère orienté vers le malt elle ne se montre jamais trop sucrée, et dans sa « version » américaine, les houblons ne prennent jamais le dessus, ce qui en fait une bière parfaite autant pour les amateurs de bières sèches que pour les anti-amertume.

 

Brown-Ale4

 

La Brown Ale au Québec

Si le genre est souvent (trop) rare en France, il est plutôt très bien représenté dans la Belle Province. Toutes étiquettes et catégorisations mises de côté, le choix proposé par les brasseries est impressionnant avec : la célèbre et primée Brown Ale Américaine de Pit Caribou, celle de chez HopEra, la Dorchester de Frampton Brasse, la Gros Mollet de la Microbrasserie du Lac St-Jean, la Brown Ale de la Chouape, ou la toute récente Mr Brown de chez Avant-Garde.

Aussi, il est intéressant de remarquer que la plupart des brouepubs québécois affichent une Ale Brune sur leur menu : Dieu du Ciel ! avec la Castelnau, l’Isle de Garde avec les English et American Brown Ale, la Memphré avec sa Brown Ale, le Benelux avec l’Armada, la Noix de Marmotte de Bedondaine et Bedons Ronds, la Morning Wood du Cheval Blanc ou encore la fameuse British de chez À la Fût … Il serait d’ailleurs tentant d’associer cette forte présence du style dans les pubs au retour de plus en plus marqué des bières plus légères et faciles à boire, un peu dans l’esprit des bières « sessionnables » si typiques aux pubs anglais.

Vous l’aurez compris, il y a du choix au Québec et même si le style est un peu mis de côté quand le soleil chauffe les terrasses, la Brown Ale semble être plutôt appréciée et consommée dans la région avec un pic à l’automne et lors de la saison des sucres.

La semaine prochaine, je vous proposerai une dégustation détaillée de cinq Brown Ale québécoises régulièrement disponibles à la pression et sur les tablettes de vos bars et détaillants spécialisés favoris.

Source Image à la une : Drink Better Beer

2 thoughts on “Brown Ale, la « malt aimée »

  1. Les Mild étaient un des styles de bière les plus consommés par les anglais à une époque. Super de faire honneur à un style trop oublié. Surtout qu’en food pairing comme tu dis, les brown ales ont un rôle fondamental.

    1. Merci pour ton commentaire ! J’ai tenu à parler de ce style, pas parce que je suis tanné des IPA, mais plutôt parce que comme toi je pense que ce type de bière a quelque chose de fondamental dans la culture « pub » et qu’on l’oublie parfois un peu trop.

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