Benelux, carrefour brassicole montréalais (1/3)

Acteur incontournable du paysage brassicole Montréalais (et plus généralement Québécois) depuis plus d’une décennie, il est étrangement difficile de trouver des informations sur les débuts du Benelux. Lancez votre navigateur web pour essayer d’en savoir plus sur l’histoire de la brasserie et vous constaterez rapidement que, mis à part des articles sur l’ouverture de la succursale de Verdun, il y a très peu de choses à ce sujet.

Or, si vous suivez régulièrement ce blog, vous n’êtes pas sans savoir que j’aime toujours présenter les brasseries et leur histoire avant de parler de certains produits, et pour cet article j’ai eu le plaisir d’échanger avec un des propriétaires – Benoit Mercier – que je tiens à remercier pour son temps, son franc-parler et sa générosité.

 

Source : Karmakomae

 

Rue Sherbrooke

Cela fait déjà plus de 10 ans que la brasserie Benelux a investi les locaux d’une ancienne banque au pied du Colisée de la rue Sherbrooke. A la tête de ce projet on retrouve trois passionnés : Benoit Mercier, Hugues Gagnon et Jean Beaudoin.

Après un Brainstorming intense, un nom pour la brasserie est finalement adopté : Benelux – acronyme de la région (virtuelle) économique européenne composée de la Belgique, le Netherlands (Hollande) et le Luxembourg. Point important ici,  les deux premiers pays ne portant pas d’accent aigu sur leur premier « e », l’acronyme (et donc le nom de la brasserie) ne porte jamais d’accents aigus !

Plusieurs raisons à ce choix. :

  • un amour commun pour les bières belges qui les amènera à vouloir choisir un « nom à consonance belge ». Benoit me confiait que la Rochefort 8 fait partie de ses incontournables et qu’elle est une de celles qui l’avait fait « tomber dedans » – pas étonnant qu’il cite également les bières de chez Allagash et leurs fortes senteurs de Belgique parmi ses favorites.
  • à l’image de la Belgique qui est souvent présentée comme « le carrefour de l’Europe », la situation idéale de la brasserie à cheval entre le Centre-ville, l’Université, le Plateau et le Mile-End, fait du Benelux une sorte de « carrefour de Montréal ».
  • Enfin, le bar présentant une très belle luminosité grâce à ses nombreuses grandes baies vitrées, Benelux pourrait signifier « Belle Lumière » dans une langue latine imaginaire …

Les premières bières présentes sur les 12 lignes du bar de Sherbrooke sentaient bon le « plat pays » et le Benelux s’est rapidement fait un nom notamment avec ses Saisons originales et délicieuses.

Mais quand les premières IPAs sont apparues sur le menu, l’équipe a réalisé que ce style gagnait fortement en popularité et qu’il était désormais obligatoire d’en proposer de manière régulière – c’est d’ailleurs pour ses produits houblonnés que la brasserie est régulièrement citée par les « beer geeks » nord-américains et canadiens parmi les escales obligatoires à Montréal.

À l’étroit dans leur ancienne banque et dans l’incapacité de procéder à des gros travaux de réaménagement (pour cause de murs en béton armé), l’équipe se met en recherche d’un second lieu de brassage.

 

Crédit : Katya Konioukhova

 

Rue Wellington

En 2013, cette recherche mènera à une petite révolution dans la vie des habitants du quartier de Verdun : l’ouverture d’un bar. Et ici un petit flashback historique s’impose !

1875, le conseil municipal de la ville de Rivière St-Pierre (désormais Verdun) décide de voter un règlement interdisant la vente et l’exposition de vins et de spiritueux de toutes sortes. Cette décision tiendra jusqu’en 2002 où Verdun devient un arrondissement de la Ville de Montréal – fusion qui rendra cette loi caduque.

L’équipe du Benelux saute sur l’occasion et profite de la modification du Plan d’Urbanisme lancé par la ville pour demander un permis afin d’installer une nouvelle succursale dans le nouvel arrondissement. Permis accordé, la brasserie est autorisée à lancer son affaire dans l’ancienne banque (oui encore !) qu’ils désirent acquérir .

Fin de l’histoire ? Oh que non !

Le permis accordé ne concernait que la fabrication de bière et non la vente (on vous laisse trouver une logique derrière ça) qui nécessite quant à elle un permis de bar que la mairie rechigne à délivrer. En 2013, la situation se débloque et la nouvelle succursale peut enfin ouvrir ses portes.

Mais accrochez-vous car les ennuis ne sont toujours pas finis !

La brasserie de la rue Wellington est soumise à des règles très strictes imposées par des lois qui sentent fort la naphtaline. On parle ici de la « Loi de tempérance du Canada » couplée à une réglementation locale datant de 1965 qui stipule « l’interdiction d’établir certains types de commerces ‘louches’ dans les limites de la ‘cité’ » – on ne serait pas étonné de trouver un addenda mentionnant l’interdiction de conduite de calèches en état d’ébriété …

Ces différents textes imposent donc des règles bien strictes à la très belle nouvelle enclave : seuls les produits brassés sur place peuvent y être vendus, interdiction de vendre de l’alcool fort, de vin ou de cidre. Dernière restriction au menu des habitants de Verdun : aucune autre brasserie artisanale n’a le droit de s’installer à moins de 1,5 kilomètres du Benelux.

 

Crédit : Katya Konioukhova / Christian Guay

 

Le Benelux de Verdun est donc une oasis unique dans le sud-ouest montréalais où on peut trouver sur les 20 lignes des bières majoritairement inspirées de styles anglais (porter, bitter, IPA anglaise, …). Ajoutez à cela un mini chai destiné à des expérimentations de vieillissement en barrique et une terrasse déjà légendaire et vous obtenez un lieu incontournable autant pour les locaux que pour les amoureux de la bière.

Tout ce qui est brassé au Benelux Verdun, reste à Verdun… ne vous attendez donc pas à trouver leurs porter funky et autres English Ipa dans un festival un jour. Seule solution, prendre la ligne verte et descendre à De l’Église.

La Brasserie du Canal

Malgré l’ouverture de cette seconde place de brassage, la production s’écoule toujours aussi rapidement et le besoin d’acquérir d’un troisième lieu de brassage se fait ressentir. Coup de chance, fin 2013, les Brasseurs Sans Gluten décident de déménager et l’équipe saute sur l’occasion et rachète le lieu de production situé sur la rue Saint-Patrick.

Ce nouveau lieu portera le nom de Brasserie du Canal et assurera la production de quelques bières pour le pub de la rue Sherbrooke, mais aussi l’approvisionnement du resto-bar le Cactus à Québec tenu par un des propriétaires du Benelux (Hugues Gagnon) et proposant des bières artisanales depuis 2011.

 

blux_canalBrasserie du Canal

Et maintenant ?

Le Benelux c’est aujourd’hui trois lieux de brassage, deux pubs à Montréal et une « annexe » à Québec. Ce sont trois propriétaires, trois brasseurs, un assistant-brasseur et trois employés à temps plein à la Brasserie du Canal – sans compter tous les employés de chaque pub. Pour faire court, sacrée belle gang.

Quand on aborde le sujet des collaborations avec Benoît et qu’on lui demande pourquoi ils en comptent finalement assez peu, sa réponse est simple « car on fait peu d’embouteillage ». Malgré tout, la brasserie affiche quelques beaux brassins communs avec le Bar Volo (Ontario), la Pleine Lune (France), le Bobcat Café (Vermont), Great Lakes Brewery (Ontario), le Réservoir (Montréal) et le Zulogaarden (Barcelone).

Le Zulogaarden et son propriétaire – Angel Tarrino Ruiz – ont un lien un peu particulier avec Montréal, ce dernier ayant passé deux ans à brasser pour le Benelux avant de rentrer à Barcelone et ouvrir son bar. Il lance désormais dans sa propre brasserie nommée Comandant et que vous avez pu retrouver dans mon top 5 des bières présentes à Chambly 2016 avec la Bim & Ben. Le nom de cette bière est d’ailleurs un clin d’œil de la part d’Angel à deux personnes connues dans le monde brassicole québécois : Benoit Mercier (Benelux) et Luc Lafontaine (Bim – ex. Dieu du Ciel et bientôt à la tête de son pub à Toronto).

Peu de collaborations et peu d’embouteillage, certes, mais est-ce que la future (et encore trouble) loi 88 permettra de remplir son cruchon directement au bar? La réponse de Benoît est claire et honnête : « oui, sauf si la loi oblige la brasserie à stocker et laver les growlers car nous ne disposons ni d’assez de temps ni d’assez d’espace ». Espérons que la loi se fera dans le bon sens, car je dois avouer que la perspective de pouvoir ramener une excellente Razzmatazz ou une Lapsus à la maison m’enchante déjà.

Enfin, avant de terminer ce billet, je me dois d’ajouter que je rejoins mon ami Brassins du Québec au sujet de la réputation des bières du Benelux. Cette brasserie est trop souvent oubliée lorsqu’on parle des  incontournables de la région et d’un point de vue personnel, je la classerai même sans hésiter parmi les 5 meilleures. D’accord, ça ressemble un peu à une déclaration mais si vous avez eu la chance de goûter leur toute récente Chronique de Mai en bouteille vous devez me comprendre.

On passera aux travaux pratiques en dégustant cette bière et quelques autres dans mon prochain billet parce que ça commence à faire long là !

A la semaine prochaine !

 

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