Un dimanche au festival Bières et Saveurs de Chambly

Le festival Bières et Saveurs

Fondé en 2002 dans la jolie ville de Chambly, le festival Bières et Saveurs est le plus grand rassemblement brassicole du Québec avec plus de 50 microbrasseries présentes encore cette année. La partie « Saveurs » est elle aussi bien représentée (n’entendez pas par là que la bière n’a pas de saveurs …) avec des kiosques dédiés aux produits du terroir québecois et plus spécifiquement montérégien : fromages, viande, fruits, alcools…

Vous l’aurez donc compris, c’est le royaume du bon boire et du bon manger, duo qui ne peux que produire une bonne journée. Et avec un soleil radieux au rendez-vous, le superbe cadre du lieu historique du fort de Chambly (qui rappelle un peu les constructions de Vauban) amène une impression de vacances inattendue.

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Oui, j’insiste un peu là-dessus, mais pouvoir participer à un festival de bières artisanales situé à deux pas d’une petite ville charmante avec ses maisons en bois, ses écluses, son fort historique, le tout au bord d’un bassin faisant la taille d’un lac… ça fait forcément un petit quelque chose quand on vient d’emménager dans un pays à peine deux semaines plus tôt.

Comme on le dit souvent, et j’adhère totalement, l’appréciation d’une bière dépend énormément du contexte dans lequel on la boit et avec qui on la boit. Inutile de préciser qu’ici, tout est réuni pour que les bières soient succulentes.

Bref, fermons cette parenthèse émotionnelle et terminons la description du festival. Durant ces quatre jours (4 au 7 septembre), le festival proposait également plusieurs animations comme des concerts gratuits, des conférences culinaires, des petits jeux… On peut aussi mentionner la très sympathique démonstration/initiation aux cocktails proposée par l’École du Bar de Montréal (EBM).

Enfin, notons que cette année le festival avait comme invité d’honneur le Festival des Bières de Barcelone qui est venu présenter cinq brasseries catalanes : La Pirata, Guineu, Agullons, Zulogaarden et Calavera.

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La Grande Brasse

Je n’ai pas mentionné cet évènement dans la présentation du festival car il mérite vraiment un chapitre à part entière. Le principe est simple, 32 bières s’affrontent, il ne peut en rester qu’une.

Le concours est animé par Philippe Wouters (biérologue et éditeur de Bières et Plaisirs) et Jeff Boudreault (énergique et sympathique acteur québécois), et les 32 concurrentes sont jugées par un jury de cinq personnes composé de professionnels et d’adeptes du monde brassicole. Chaque « match » voit deux bières s’affronter dans un tableau suivant le format playoffs (16è – 8è – quart – demi finale – finale). Le vainqueur est désigné à main levée, et pour ne pas spoiler le reste du concours, seul le nom de la bière non-retenue est donné.

Le point fort de ce concours est qu’il est accessible autant aux amateurs qu’aux néophytes. Philippe n’hésite pas à régulièrement faire des apartés pour expliquer certains termes, placer des anecdotes et des blagues sur lesquelles Jeff ne manque pas de rebondir. De son côté le jury utilise le moins de mots « techniques » possible et privilégie les descriptions imagées. Notons aussi la présence décontractée de certains brasseurs dans le public pendant le concours, présence qui n’altère en rien les jugements étant donné que les dégustations se font à l’aveugle.

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Petite particularité supplémentaire, la cinquième place du jury était réservé cette année à une personne du public. En répondant bien à une question de Mr Wouters, vous pouvez vous retrouver « voix du peuple » et votre avis compte autant que les autres jurés. C’est grâce à cette opportunité que j’ai eu le privilège de me retrouver au milieu du jury de la demi-finale et je ne suis pas près d’oublier cette journée.

La grande gagnante de cette année est la Lollipop de chez Pit Caribou, à laquelle je fus le seul à préférer son adversaire, la Côte Ouest de chez Gainsbourg en demi-finale (pas de chauvinisme ici!). La Lollipop, étonnante bière surette de type Berliner Weise aux arômes de fruits rouges  deviendra, comme le veut la tradition, la bière officielle du festival de 2016.

La Parade des Brasseurs

Impossible de ne pas faire un petit aparté sur cette particularité du festival. Cette parade est née il y a quelques années de manière très simple : un brasseur est allé boire une des bières d’un confrère dans le kiosque voisin – ce dernier, soucieux de lui rendre la pareille, fait le chemin inverse et vient goûter une des siennes.

Comme on dit, l’appétit vient en mangeant… et la soif vient en buvant, et c’est donc portés par une forte envie de se désaltérer que les deux confrères se dirigent ensuite vers le kiosque d’un autre brasseur. Vous imaginez facilement la suite…

Ce dimanche, il n’était pas rare de croiser une colonne de 25-30 brasseurs aller de kiosques en kiosques en scandant :

« on veut d’la bière »

Certains, plus déterminés que d’autres viendront même interrompre la Grande Brasse et un quiz, toujours dans un esprit joyeux et festif avec à la clef une tournée gratuite offerte au public présent sous le chapiteau. Festif on vous dit !

 

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Bières, brasseries, et broue pubs

Quand on vient de France et qu’on est passionné de bières artisanales, le Québec c’est un peu le paradis avec plus de 110 micro-brasseries. Les grognons me diront qu’en France il y en a 500, certes mais ici il y a seulement 8 million d’habitants et avec un calcul qui ne sert à pas grand chose on comprend qu’il y a quasiment deux fois plus de brasseries par habitant dans la Belle Province.

La vraie particularité ici est qu’une bonne partie des micros ont leur propre bar et qu’une bonne partie des bars font leurs propres bières – après, qui de « l’œuf ou la poule » pour chaque brasserie, il faut chercher.

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Je vais vous épargner la liste de toutes les brasseries présentes car vous pouvez la trouver sur le site du festival. Je préfère donc m’attarder sur les trois bières qui m’ont le plus plu, tout en précisant que bien entendu je n’ai pas pu goûter aux 500 bières présentes.

  • Microbrasserie Pit Caribou  – Imperial Black Berliner Weisse (7%) : On commence par la brasserie gagnante de cette année. Les gaspésiens proposaient une belle liste de produits à découvrir dont cette IBBW qui est, reconnaissons le, un non-sens sémantique qui la rend encore plus attirante. Comme son nom l’annonce c’est une belle bière brune, d’apparence plutôt aqueuse avec un nez légèrement citronné. L’attaque est légèrement sure avant de laisser la place à une courte touche rappelant le grain torréfié. On termine sur un retour acide et sec. Finalement le nom colle vraiment au produit.
  • Beau’s All NaturalKissmeyer Nordic Pale Ale (5.6%) : La brasserie ontarienne a développé ce joli bébé avec le gypsy Kissmeyer. C’est une American Pale Ale (oubliez le Nordic donc) qui présente de très belles notes d’agrumes et d’ananas avant de laisser la place à des notes florales et herbeuses inattendues mais qui se marient admirablement bien. Rajoutez à cela un très beau travail sur les levures qui s’expriment à souhait sur une fin agréablement sèche.
  • Brasserie GainsbourgCôte Ouest #1 (7%): Brassé dans le broue pub Gainsbourg (Gatineau), ce breuvage découvert lors de ma courte expérience de jury est mon gros coup de cœur du festival. Cette bière est une magnifique IPA désormais démocratisée sous le sigle « West Coast » à cause de ses houblons très lime et pamplemousse. En plus de son très joli côté aromatique et son amertume modérée, le vrai atout est sa levure qui rappelle un peu une farmhouse belge presque poivrée. De l’aveu même du brasseur, ça serait un brassin d’une cuve voisine qui aurait apporté ce côté saison, une « contamination » fort bienvenue.
  • Bonus : Goose IslandMatilda (7%) : En plus des brasseries québécoises, on pouvait trouver quelques brasseries d’autres régions canadiennes ainsi que des crafts venant de l’autre côté de la frontière. Le serveur de chez Goose Island m’a présenté cette Matilda comme étant proche d’un Orval, et quand on sort un truc comme ça on a intérêt à être sûr de soi. En toute honnêteté, la Matilda est très étonnamment proche du bijou belge et même si le travail sur les levures n’est pas comparable, le résultat est vraiment impressionnant.

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Conclusion :

Ce qui m’a vraiment impressionné pendant ce festival, mis à part le lieu et l’accueil, c’est le public. Le festival a annoncé presque 60.000 visiteurs durant le week-end, mais vous ne vous faites jamais bousculer, personne ne tente de vous dépasser dans la queue pour les différents kiosques, tout le monde est souriant, des familles avec poussette côtoient des groupes d’étudiants…

Imaginez, avec autant de visiteurs, autant de bières et un gros soleil qui tape, l’organisation n’a recensé que 2 à 3 cas « d’intoxication à l’alcool ». Quand on sait que le record de vente a été battu cette année c’est vraiment impressionnant.

Message aux lecteurs français, si vous prévoyez des vacances dans la région pensez bien à dépasser sur le mois de septembre, ce festival vaut vraiment le détour !

Enfin, un gros merci au pub Brouhaha qui a pensé aux Montréalais non motorisés, en proposant un package comprenant le verre officiel, une entrée pour la journée du dimanche et le transport en school bus pour une somme modique. Organisation et ambiance géniale, merci le Brouhaha !

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9 thoughts on “Un dimanche au festival Bières et Saveurs de Chambly

  1. A croire que cet article a été fait avec l’office du tourisme 🙂

    En tout cas, on a toujours l’impression d’y être avec tes textes, je vais voir si je trouve la Matilda à Paris !

  2. Concernant la Nordic Pale Ale de Beau’s…
    Oui c’est une US pale ale, mais en même temps, c’est pas juste ça, et y’a tout un contexte qu’il peut être utile de connaître pour bien comprendre le bestiau. ;o)
    Le fond de l’histoire, c’est qu’Anders Kissmeyer, en plus d’être brasseur itinérant, est depuis plus de 10 ans un des piliers de la renaissance brassicole danoise (et à ce titre peut-être bien un personnage au moins aussi important que Mikkel Borg Bjergsø) , fondateur en 2003 de la Brasserie Nørrebro, après un début de carrière chez Carlsberg.
    Il a publié en 2008 avec deux chefs de cuisine (dont Claus Meyer, célèbre àau Danemark par ses émissions de télévision) un manifeste de la Ny Nordisk Øl, nouvelle bière nordique. Cette idée de nouvelle bière nordique s’inscrit dans le prolongement de la nouvelle cuisine nordique qui a fait ces dernières années la réputation de quelques restaurants de pointe au Danemark, dont le fameux Noma.
    Le concept : s’inspirer des traditions et terroirs nordiques en employant des ingrédients de ces terroirs, fruits, herbes sauvages, etc.
    Une Ny Nordisk Øl peut donc revêtir pas mal de formes, de la pale ale à la poire (Coisbo) à la blanche acide au foin (Herslev, remarquable) en passant par des bières à la myrte des marais (Skagen, Thisted), ou encore des bières aux conifères ou à l’églantier (Thisted, par exemple), quand il ne s’agit pas de glisser des pierres volcaniques chauffées à quelques centaines de degrés dans le processus de brassage….
    Le côté nordique peut du coup aussi bien être dominant que très subtil. De façon intéressante, là où le reste du monde brassicole ne perçoit souvent du Danemark que des bières extrêmes et expérimentales, les Ny Nordisk Øl sont en train de s’y profiler comme un courant de plus en plus fort, qui commence même à mordre sur la suprématie des IPAs dans le milieu microbrassicole danois,approtant une diversité supplémentaire.
    La Nordic Pale Ale de Beau’s est une American Pale Ale, mais elle contient des ingrédients issus des terroirs et traditions « nordiques » canadiens assez semblables à ce qu’on trouve en Scandinavie : sirop d’érable, fleurs de bruyère, baies d’églantier, canneberges, myrthe des marais et achillée millefeuille. Intégrés plutôt subtilement dans le profil général. Elle s’inscrit donc dans ce courant des Ny Nordisk Øl, même s’il y a un océan entre-deux. :o)

    1. Bonjour Laurent ! Un grand merci pour ton commentaire super intéressant. Je connaissais un peu Kissmeyer mais toute l’histoirique des Ny Nordisk øl m’était totalement inconnue. Je vais très rapidement jetter un oeil très intéressé.

        1. Je garde donc précieusement tes informations parce que je risque de partir à la chasse aux Øl très vite

  3. Merci pour ce beau compte-rendu. J’habite à 30 minutes de Chambly mais je suis con, je n’y suis pas allé…

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