Tête d’Allumette: palais enchanteur et enchanteur de palais

Le long de la Route 132, entre la Pocatière et Rivière-du-Loup, se trouve un vrai petit bijou.

Située entre un petit talus forestier et une grange, une coquette maison bicentenaire arborant une belle couleur jaune attire immédiatement le regard, et son parking bien achalandé un dimanche enneigé de décembre ne laisse plus de place au doute : je suis bien arrivé à la microbrasserie Tête d’Allumette.

Depuis mon arrivée au Québec j’entends parler de ce lieu souvent décrit comme enchanteur et chaleureux. Et après avoir goûté certains de leurs produits régulièrement disponibles au pub Pit Caribou de Montréal, un passage s’imposait.

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Quand on s’intéresse à l’histoire de cette brasserie, on se rend vite compte que tout est lié à un élément : le feu.

Avant de se lancer dans cette aventure, l’actuel brasseur Martin Desautels et Elodie Fortin géraient avec succès une petite coopérative située dans le village de Kamouraska et où on pouvait déjà trouver une bière brassée par Martin sur les Iles de la Madeleine : La « P’tite Levesque ». Malheureusement, un incendie mettra fin à cette belle aventure.

Cependant l’équipe ne se laisse pas abattre et quand ils entendent dire que la belle bâtisse sise au 256 de la route 132 pourrait être mise en vente, ils se tentent leur chance avec comme idée de démarrer une aventure brassicole dans ce lieu unique.

En 2011, avec l’aide de Louis-Vincent Legault, la maison est achetée et deux ans de rénovations seront nécessaires pour garder le cachet de la bâtisse. Leur critères sont simples : un lieu chaleureux et authentique, ouvert à l’année, et proposant des bières brassées d’une manière unique en Amérique du Nord : la phase d’ébullition se fera au feu de bois.

C’est lors d’une tournée de prospection en Belgique avec son amie Elise Cornelier Bernier de la brasserie À l’Abri de la Tempête, que Martin découvre le brassage au feu de bois. Plus précisément chez la Caracole près de Dinant, méthode de brassage dont on vous avait déjà parlé lors du portrait de la brasserie française Sulauze.

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Il faut saluer ici le courage du couple, qui après avoir vu leur coop dévorée par les flammes, ont décidé de faire le pari de se lancer dans une méthode de brassage certes unique en Amérique mais compliquée voire peut-être risquée. Pour développer la cuve d’ébullition, la brasserie fait appel à l’entreprise Solution Novika située à la Pocatière.

Deux ans seront nécessaires pour développer cette cuve de 2000 litres qui ressemble à un superbe poêle à bois cubique géant. Élodie et Martin me confiaient d’ailleurs que les concepteurs passaient encore régulièrement afin de peaufiner les techniques et les possibilités de brassage, le système en étant déjà à sa 5è phase d’optimisation (on peut également y voir une très bonne excuse pour aller se boire une bière).

Outre le brassage au feu de bois qui provoque une légère caramélisation du malt, l’ingrédient qui surprend le plus dans les bières de la Tête d’Allumette, c’est l’eau. La forte minéralité de l’eau du puits pompée pour le brassage se ressent dans leurs, bière et tout particulièrement dans la Bitter maison (Tête Carrée) qui présente par ailleurs peu de sucre résiduel et une robe presque pâle ce qui est surprenant au vu de la méthode.

Élodie et Martin reconnaissaient que cette forte minéralité était parfois contrôlée pour le brassage de certaines bières, même si en général, ils préfèrent tout de même profiter de ce profil unique et le mettre en avant. Vous trouverez d’ailleurs peu de bières fortes sur place, ce qui n’est pas une mauvaise chose étant donné qu’il n’y a pas vraiment de taxis dans le coin (à noter que la brasserie est située à deux pas d’un camping et qu’un chemin relie les deux lieux – bon plan en saison !)

Le bar ouvre à la mi-juillet 2013, et même si le système de brassage n’est pas encore prêt, la brasserie propose une bière maison à nouveau brassée chez leurs amis de chez À l’Abri de la Tempête (la « P’tite Levesque »), brasserie qui occupe le reste des lignes jusqu’à la fin de cette même année.

Aussi, désireux de s’inscrire dans le paysage local, le choix est fait de rester ouvert toute l’année et il faut reconnaître qu’il est agréable de voir une place un peu perdue bien remplie un dimanche d’hiver.

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Fin de l’aparté historique, je franchis la dernière marche, ouvre les deux portes et pénètre dans une maison où on se sent tout de suite bien.

Même si c’est le bar qui vous fait face quand vous entrez, vous le voyez à peine tant votre regard est instantanément happé par la vue sur le fleuve Saint-Laurent et les monts de la région de Charlevoix à travers les baies vitrées situées juste derrière.

Une fois assis, on commence à faire attention à tous les détails qui composent cette ancienne demeure où le bois est omniprésent.

Les tables sont faites à partir du bois d’une ancienne piste de bowling, on repère des anciennes banquettes de bus scolaires sur la terrasse, les lampes à LED sont protégées par des anciens isolants électriques ferroviaires et un poêle (à bois bien sûr) chauffe agréablement la place.

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C’est une des premières fois où je rentre dans une microbrasserie sans regarder le menu avant de m’intéresser à la place en détail, me disant que n’importe laquelle sera excellente. En effet, j’adhère énormément à l’adage qui dit que le contexte joue sur la manière d’apprécier la bière, mais dans le cas de cette brasserie ça serait une insulte de s’arrêter au lieu et à l’accueil plus que sympathiques.

Non. Comme si ça ne suffisait pas, les bières proposées par la Tête d’Allumette sont excellentes. La Bitter (Tête Carrée) est d’une minéralité folle et a su combler mon palais d’amateur de classiques anglais, les malts utilisés pour le Stout (Gasket de Tête) bénéficient pleinement du chauffage au bois et la Black Ipa (Tête de Houblon v8) présente un beau côté floral rehaussé par la minéralité de l’eau.

Outre les bières brassées sur place et disponibles à la pression, vous pouvez également retrouver à la carte et à la pression des bières invitées d’un peu partout au Québec, souvent en provenance des micros de leurs amis ainsi qu’une petite liste de bières importées très sympathique. Oh ! et bien sûr, n’oubliez pas d’acheter quelques bières maison en cruchon avant de partir !

Eau, terre, feu, tous les éléments sont réunis pour une visite inoubliable. Vous l’aurez compris, la Tête dans le fût a définitivement craqué pour la Tête d’Allumette et ce tête à tête ne sera pas le dernier. On se donne rendez-vous la semaine prochaine pour la dégustation de deux produits, histoire de compléter ce long portrait.

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