La Dilettante : fantaisie brassicole vannetaise (1/2)

Lors de mon récent retour en France, j’en ai profité pour me mettre à jour sur la scène brassicole hexagonale après un an et demi d’absence. J’ai pu constater avec un plaisir non dissimulé que ma région natale, la Bretagne, était une des plus actives et qu’on y trouvait quelques nouvelles brasseries vraiment sérieuses qui m’ont en toute franchise vraiment étonnées. Parmi celles-ci, la Dilettante, brasserie vannetaise créée par Jean-Baptiste Moreau et Pierre Le Nen.

Au fil de nos échanges, nous n’avons fait que confirmer l’adage qui dit que « le monde est petit ». Jean-Baptiste connait un de mes meilleurs amis, a vécu en collocation avec un pote toulousain installé à la Réunion, et a vécu (et fréquenté) pendant quelques mois à deux pas du Dépanneur Peluso – mon premier employeur au Québec.

Petite nouveauté sur ce blog puisque pour vous présenter la brasserie, j’ai décidé de revêtir un costume de journaliste de plateau en vous proposant une entrevue de type questions-réponses avec Jean-Baptiste, que je tiens à remercier pour sa disponibilité.

Enfin, avant de passer à l’interview, précisons qu’on reprend le schéma habituel dès la semaine prochaine avec un second article qui sera consacré à quelques bières de la brasserie.

 

 

Depuis combien de temps existe la dilettante ? Pourquoi ce nom et pourquoi Vannes (tu es de Tours si je ne me trompe pas) ?

La Dilettante a été créée officiellement en juin 2015 mais le temps de trouver un local, de faire les travaux, de recevoir le matériel et de faire les premiers brassins, on peut dire que j’ai réellement commencé le 23 novembre 2015. J’aime ce nom et ce mot car il me caractérise parfaitement. Savais-tu qu’à la base, cela voulait simplement dire « amateur d’art » ?

Avant de monter la brasserie, je bossais en festival et dans la musique. C’était une véritable passion, avant que la bière prenne le dessus. Mais après tout, la bière a aussi un côté artistique. Dans l’artisanal, on est dans la pure création et c’est ça qui me botte tous les jours.

Enfin, pourquoi Vannes ? Parce que j’ai des origines bretonnes et qu’après la Réunion, je voulais absolument (re)venir en Bretagne. Être à côté de la mer, c’est primordial pour moi. Et puis, les bretons ne sont pas les derniers pour boire une petite mousse…

Tu as commencé à brasser à la Réunion. Comment ça se passait là-bas pour récupérer tous les ingrédients nécessaires ? Arrivais-tu à mettre au point toutes les recettes que tu voulais ?

J’ai en effet commencé à brasser à la Réunion. Je bossais à l’époque pour le festival de l’île (le Sakifo). Le problème c’est que là-bas, il n’y a que la «Dodo » (sorte de Molson en pire – ndlr : je confirme). Je buvais pas mal de bière belge à l’époque et je me suis dit que le meilleur moyen de s’en procurer, c’était de la faire moi-même.

J’avais un pote qui brassait sur l’île, il m’a pas mal aidé et je me suis lancé. Je commandais des matières premières sur des sites spécialisés en métropole et je me les faisais livrer sur l’île. D’abord en commençant par des kits, puis très vite par du tout grain.

C’était cool, je prenais du plaisir. Je n’arrivais pas à faire les mêmes bières qu’aujourd’hui mais cela me plaisait vraiment. En même temps, toute bière en dehors de la Dodo, était bonne à boire…

 

 

 Comment as-tu perfectionné tes techniques de brassage ?

J’ai fait un stage sur place, pas chez Dodo mais chez un 3 Brasseurs. C’est une super école et j’y ai appris beaucoup en très peu de temps. C’était aussi une bonne manière de voir ce que ça faisait de brasser en grand volume et souvent, et surtout, voir si le métier me plaisait.

Et finalement, j’ai adoré. J’avais quitté mon poste au Sakifo et je savais exactement ce que j’allais faire après : monter ma brasserie.

T’es-tu lancé ce projet seul ?

Non pas vraiment. On est parti dans l’aventure à 3 : Pierre, un ami d’étude et de longue date et mon père. Toute la 1ère année, j’ai été quasiment tout le temps seul même s’ils m’ont vraiment aidé quand il fallait un petit coup de main.

Maintenant, cela va mieux. Pierre est là à plein temps et je vais enfin pouvoir prendre des vacances (Rires).

 

Pierre et Jean-Baptiste au Salon de bières bretonnes 2017

 

Combien de recettes différentes as-tu brassées jusque-là (en amateur et en professionnel) ?

En amateur, j’ai dû en faire une bonne cinquantaine, mais toujours des recettes différentes (même si les bases maltées se ressemblaient sur certains styles). En professionnel, je ne fais plus de test. Je commence à bien connaître mon matériel et les matières premières utilisées.

Je brasse sur 500L : ça limite la casse. On en est à la 9e bière depuis le début et on va en rajouter pas mal cette année.

Tes bières sont labellisées bio, cela te pose-t-il parfois des soucis d’un point de vue recettes ou approvisionnement ?

J’ai fait en effet du 100% bio la 1ère année mais cela ne sera plus le cas. Je n’arrive plus à avoir les houblons que je souhaite en bio, donc je repasse sur du conventionnel. C’est dommage, mais je n’arriverai pas à me passer de certaines variétés (Simcoe, Centennial…etc).

Les bières restent labellisées parce que j’utilise plus de 95% de bio dans mes bières (malt Weyermann).

Les quelques bières de La Dilettante que j’ai eu la chance de goûter présentaient un profil plutôt bien houblonné. As-tu toujours eu cette attirance pour les IPA ? Ce style faisait-il partie de tes projets de départ ou bien il s’est imposé naturellement avec la « mode » actuelle ?

Y’a pas à dire, j’aime le houblon. En fait, comme beaucoup de français, je buvais surtout des bières belges avec beaucoup d’alcool et pas mal de corps (typiquement le truc que je peux plus boire maintenant). Pendant ma période « Réunion », lorsque je rentrais en métropole, j’ai commencé à boire d’autres bières. La toute première bière houblonnée a été une révélation : une Punk IPA de chez Brewdog.

Ce n’est pas ce que je préfère boire maintenant mais qu’est-ce que j’ai kiffé la boire la première fois. Je suis rentré à la Réunion et j’ai tout de suite mis plus de houblons dans mes bières. Cela ne m’a pas quitté et c’est un peu la signature de la brasserie. Même si on va essayer d’aller sur d’autres choses…

 

La gamme « régulière »

 

Tu as fait un choix très intéressant en proposant des recettes saisonnières. Qu’est-ce qui t’a décidé à te lancer dans ces brassins limités ?

Ce qui m’éclate, c’est de créer. Comme un cuisinier qui change sa carte tous les mois, pourquoi un brasseur ne proposerai pas d’autres bières ?

Quel est le retour global sur tes bières en Bretagne et plus globalement en France ? Quel pourcentage représente la Bretagne dans tes ventes ?

Pour la Bretagne, c’est super positif, on a d’excellents retours et on croule sous les demandes. A vrai dire, pour l’instant, on vend surtout en local, parce que la demande est là. Je dirai que cela représente 90% des ventes.

Je sais que c’est difficile, mais as-tu quelques bières ou brasseries étrangères et françaises à donner comme exemples ou incontournable pour toi ?

J’adore ce que fait Kernel et Brew by Numbers en Angleterre. Et comme je bois de plus en plus de Sour, je vais citer Cantillon (j’en ai un gros stock dans ma cave). En France, il y a mes potes de la P’tite Maiz qui montent leur brasserie et c’est franchement cool ce qu’ils font. J’aime bien ce que fait Outland et Mont-Salève et il faut absolument que je goûte la Franche aussi, ils viennent de sortir une Sour élevée en fut de Vin Jaune.

Sinon, je te conseille la brasserie Pied de Biche dans le Finistère. Ils ne font que de l’élevage en barriques et quelques Sours. Sa Gueuze est franchement excellente. Pour finir, si je devais citer une IPA, ce serait l’IPA sous Sénart de Parisis, c’est parfaitement dans le style et c’est excellent ! (ndlr : je confirme là aussi !)

Enfin, et ça va te parler, j’ai vécu quelques temps à Montréal et je suis tombé amoureux des bières du Québec. J’habitais à 300m du dépanneur Peluso et j’en ai bu quelques-unes…

Forcément ça me parle! Qu’as-tu retenu de ton passage et il y a-t-il des brasseries/pubs/bières qui t’ont marqué ?

Yes! Avant de monter la brasserie, j’ai passé 4 mois au Canada pour voyager, même si j’ai pas mal stationné à Montréal. Je savais qu’il y avait du niveau au Québec mais franchement, cela dépassait tout ce que j’avais pu imaginer !

Pit Caribou, le Castor, les Trois Mousquetaires, Trou du Diable, Dieu du Ciel! … C’est rarement loupé et souvent excellent ! Mais l’endroit qui m’a le plus marqué, c’est le dépanneur Peluso. C’est le paradis pour tout amateur de bière, la première fois que j’y suis entré, j’en avais les larmes aux yeux…

 

 

Parlons avenir un peu, quelle est la capacité actuelle de production de la brasserie et quelles sont les perspectives d’évolution de la brasserie ?

On brasse sur 5hl et avec le nombre de fermenteurs actuels, on peut monter à 55hl produit par mois quand on est énervé. Là on change d’étiqueteuse pour monter en cadence sur l’embouteillage et on rachète deux autres fermenteurs. Il y a d’autres projets en cours mais c’est encore un peu tôt pour en parler.

Concernant les bières, on devrait sortir une 4e régulière avant l’été et toujours plein de brassins en série limitée : une Saison bien houblonnée au Jarrylo, deux IPA (au Bravo et au Rakau), une Pale Ale full Nelson et Citra et un Stout à la mandarine (!).

Enfin, on a actuellement une Golden Ale qui vieillit tranquillement en barrique de Chenin et on va plutôt dans cette direction dans le futur. On part faire une virée sur des salons de vignerons pour aller choper de la barrique.

Sur quels évènements brassicoles pourra-t-on te retrouver bientôt ?

On va faire une belle collaboration avec les copains de Skumenn: a priori, une Berliner Weisse à la rhubarbe qui sortira pendant la Paris Beer Week et on sera également au Lyon Beer Festival en avril, avec pleins de chouettes brasseries.

 

Brasserie La Dilettante, 18, rue Stanislas-Dupuy-de-Lomé, zone industrielle du Prat, 56000 Vannes
Tél: +33.9.67.41.63.54
Facebook : Brasserie La Dilletante
Site web : brasserieladilettante.com

4 thoughts on “La Dilettante : fantaisie brassicole vannetaise (1/2)

  1. Merci pour ce zoom sur cette superbe brasserie, inévitablement une des brasseries à suivre en Bretagne. La petite maiz est aussi une brasserie à suivre, la soirée spéciale La Dilettante – La petite maiz au chat qui grogne était vraiment terrible.
    Par contre je vais faire mon breton tatillon mais la brasserie Pied de Biche est située dans le Finistère 🙂

    1. Je vais corriger de ce pas pour le pied de biche. Désolé, tu as raison d’être tatillon et étant de la je n’ai pas d’excuses !

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