Brasserie de la Senne : « Brusseleirs » du changement (1/2)

Depuis la création de ce blog, je me dois de parler de La Brasserie de la Senne. Tout d’abord pour ce qu’elle représente dans mon « histoire » avec la bière artisanale mais aussi car elle a un lien particulier avec le Québec – notamment via son brassin annuel avec Trou du Diable (la fameuse Schieve Tabarnak!). C’est finalement le tap-takeover au pub Pit Caribou de Montréal prévu pour le 9 mars qui a su me décider de me lancer dans la rédaction de cet article.

Pour mieux découvrir cette brasserie, j’ai décidé de vous proposer à nouveau un article en deux parties, avec une première dédiée à l’histoire de la brasserie et à son lien particulier avec la ville de Bruxelles. Elle sera suivie par un second article, qui présentera la Brasserie de la Senne d’un point de vue un peu plus personnel et qui se terminera sur une rapide présentation des différentes bières que vous pourrez avoir la chance de goûter le 9 mars prochain si vous êtes à Montréal (et tout le reste de l’année pour les autres, les chanceux).

 

 

Deux passions qui rapprochent: Bruxelles et la bière

Ce qui caractérise la Brasserie de la Senne c’est avant tout une ville, Bruxelles. Une ville que les deux créateurs de la brasserie, Yvan de Baets & Bernard Leboucq, aiment par-dessus tout et qui a fini par les réunir dans ce beau projet.

L’histoire de la brasserie commence avec Bernard Leboucq (à l’époque trompettiste) vers la fin des années 90, période où sa passion brassicole va se mélanger avec son engagement socio-politique. Écœuré par les projets de construction anarchiques qui vérolent Bruxelles à la fin de cette décennie, Bernard s’engage avec des amis dans une lutte pour conserver l’identité de la capitale belge. Aussi, aidé par sa compagne, ils décident de brasser une bière maison qui symbolisera cet engagement. La Zinnebir est née.

Un peu après la célébration du nouveau millénaire, le collectif bruxellois « Zinneke » (je vous laisse apprécier le sens de ce mot ici) ayant entendu parler de la lutte de Bernard et ses amis, leur propose de faire de la Zinnebir la bière officielle de leur seconde « parade » (la « Zinnergies »), proposition que le groupe accepte.

 

 

À cette époque, Yvan de Baets est lui aussi bien amoureux de brassage et de Bruxelles (et accessoirement diplômé ès Sciences Politiques et Sciences du Travail) – il deviendra par la suite très connu dans le milieu brassicole pour sa participation au livre « Farmhouse Ales: Culture and Craftsmanship in the Belgian Tradition » en 2004 dans lequel il écrit le chapitre consacré aux Saisons.

En ce printemps 2002, il participe lui aussi à la « Zinnergies », y déguste la Zinnebir et y rencontre Bernard. Entre leur passion pour la bière (et l’amertume) et leur amour pour Bruxelles, le courant passe directement entre les deux compères et ils décident de se lancer dans un petit projet brassicole.

S’excentrer pour mieux revenir

C’est en 2003, en périphérie de Bruxelles que ce projet va naitre, plus précisément à Sint-Pieters Leeuw (Pajottenland) dans un ancien bâtiment de la brasserie Moriau. La brasserie portera le nom de la ville qui les accueille (Sint Pieter Brouwerij).

Après deux ans, la brasserie tourne déjà à plein régime et les deux amis se retrouvent vite à l’étroit. Et puis, la périphérie de Bruxelles, ce n’est pas Bruxelles – aussi pendant 5 ans les deux bruxellophiles se lancent dans la recherche d’un lieu de brassage dans la Capitale européenne. La quête prendra fin avec l’acquisition d’un bâtiment dans la commune bruxelloise de Molenbeek.

Le nom est déjà tout trouvé, la brasserie portera le nom de la rivière qui a fait naître Bruxelles : la Senne (ou Zinne en Bruxellois). La Brasserie de la Senne est née et le 22 décembre 2010 marque la finalisation de son premier brassin 100% bruxellois. Cantillon n’est désormais plus seule à Bruxelles.

« Nous fabriquons des bières amères depuis que nous existons – nous existons pour brasser des bières amères »

Le cahier des charges de la jeune brasserie est simple : des bières peu timides sur l’amertume, non filtrées, non pasteurisées, brassées avec des matières premières de haute qualité. Interdit d’utiliser des additifs, ou sucrer/amériser à outrance pour masquer les éventuels défauts. Enfin, dernier détail qui a son importance, la brasserie n’utilisant qu’une seule souche de levure, elle se doit de respecter une hygiène absolue dans ses processus de brassage, ceci afin d’éviter toute contamination extérieure.

Source : brasseriedelasenne.be

En fait, la mission première de la brasserie est de proposer à nouveau aux bruxellois des bières de qualité, peu chères, facilement buvables, à l’amertume modérée (mais bien présente) et proposant une petite rusticité bien belge qu’il ne faut pas oublier. Pour résumer, des bières qui remettent le houblon, la qualité du malt et la subtilité des levures sur le devant – proposer des produits qu’on avait l’habitude trouver dans les troquets bruxellois avant que les blondes insipides industrielles et les bières fortes souvent saturées de sucre envahissent les lignes.

L’accueil a été plus que positif, le succès immédiat, et depuis l’ouverture la demande n’a jamais cessé de croitre. En plus de proposer 5 bières régulières (on y reviendra la semaine prochaine), la brasserie propose également une série expérimentale, un série saisonnière et multiplie les collaborations prestigieuses avec entre autres : Cantillon, Mont-Salève, Moeder Lambic, Allagash, Trou du Diable, Dieu du Ciel!, Thiriez, Pleine Lune, Toccalmato, …

De la Chaussée au Port

En 2016, Yann et Bernard annonçaient une augmentation de la production d’environ 30% par an – 2000 hl en 2010 et 8000 hl en 2015. Si 70% de la production est écoulée de manière locale, le succès est aussi international avec notamment une bonne partie des ventes vers les USA et l’Italie, exportations qui restent toutefois toujours contrôlées par la brasserie afin de proposer des produits les plus frais possible (à noter que l’importation au Québec est assurée par Trou du Diable).

Devant cette augmentation, inutile de dire que la brasserie se trouve désormais à l’étroit dans son ancienne boulangerie industrielle sise Chaussée de Gand. Pour faire face à cela elle vient d’annoncer la signature d’un contrat de concession de 30 ans avec le Port de Bruxelles et s’installera sur un terrain de 6000m2 à côté de Tour et Taxis. Cette nouvelle implantation (opérationnelle pour 2018) permettra de brasser de 15000 hl à 25000 hl tout en conservant un processus de fabrication artisanal.

 

Futur emplacement (source : rtbf.be)

En regardant le tableau global, ça fait un sacré bout de chemin pour une brasserie fêtant tout juste ses 6 ans. Il est plaisant de voir que leur volonté de proposer des bières à leur goût, c’est à dire accessibles et au profil alliant rusticité et amertume, a su trouver son public aussi rapidement.

La Brasserie de la Senne est encore un autre exemple prouvant que la bière artisanale n’a pas fini de bousculer les habitudes des consommateurs (et des brasseurs établis), et ceci même en plein cœur du pays-capitale de la bière. Je tenais vraiment à vous présenter l’histoire de cette brasserie de manière bien détaillée car, en plus d’adorer ses produits, j’aime son engagement et son côté borné et passionné.

Enfin, comme je vous l’expliquais au début de l’article, je vous donne très rapidement rendez-vous dans un second article pour une histoire plus personnelle dans laquelle La Brasserie de la Senne joue un rôle prépondérant. J’en profiterai également pour vous présenter la belle liste de produits qui seront disponibles lors de la soirée spéciale au pub Pit Caribou de Montréal.

Brasserie de la Senne , Chaussée de Gand 565, 1080 Molenbeek-Saint-Jean (Belgique)
Facebook : Brasserie de la Senne
Site web : brasseriedelasenne.be

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