Bellwoods, la brasserie qui donne le LA

1 – La brasserie

S’il y a une brasserie qui fait l’unanimité dans le très dynamique monde brassicole de Toronto c’est bien Bellwoods. Avant l’ouverture de la brasserie en avril 2012, les deux créateurs  et ex-biochimistes Luke Pestl et Michael Clark avaient déjà fait parler d’eux avec le City Hops Project (2011). Leur idée ? Faire pousser du houblon dans huit lieux du centre-ville de Toronto pour encourager des brassages plus locaux. Même si le projet a plutôt vite périclité, il leur a permis de se faire connaître au delà du cercle des amateurs de bière.

Bien installée dans le quartier arty de Trinity-Bellwoods, la brasserie n’a pas mis longtemps à faire parler d’elle grâce à la qualité et l’originalité de leurs produits. Dès 2014, ils lancent une gamme de bières vieillies en barriques et au niveau des critiques on ne retrouve qu’un seul son de cloche : Bellwoods joue définitivement dans la cour des grands.

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Avec seulement 2400 hl produits par an, Bellwoods a clairement construit sa réputation grâce à sa clientèle locale, leurs bières étant uniquement disponibles à la pression, dans le petit magasin attenant au bar-brasserie ou bien dans les bars amis tels que le génial BarHop (bar avec lequel ils ont d’ailleurs effectué plusieurs brassins collaboratifs).

Les brasseurs revendiquent déjà pas moins de 50 styles brassés depuis leur ouverture et de nombreuses collaborations prestigieuses (Evil Twin, Trou du Diable…) ont définitivement assis la réputation de la brasserie à la cloche rouge. En 2014, l’incontournable (et très nord américain) RateBeer décernait à Pestl et Clark le titre de meilleurs brasseurs en Ontario, les classaient dans les 100 meilleurs brasseurs du monde et Bellwoods héritait du titre de meilleur brewpub en Ontario. Rebelotte en 2015.

Impossible ne pas également mentionner la qualité du graphisme de la brasserie qui a certainement contribué à sa notoriété – tous les visuels sont réalisés par Andrew et Matt McCracken (Doublenaut). Les étiquettes de chez Bellwoods sont définitivement parmi les plus belles du monde brassicole.

bellwoods_bottles1_doublenautSource : Doublenaut

Avec ses 9 fermenteurs, son chai, son magasin et son bar, la brasserie est clairement à l’étroit dans l’ancien garage qu’elle occupe. Pour remédier à ce manque d’espace, les deux créateurs ont fait l’acquisition d’un gigantesque entrepôt de stockage de meubles qui va leur permettre de quintupler leur production, d’augmenter la taille du chai, et d’accueillir plus de clients tout en désengorgeant un peu le site d’origine.

Cependant, depuis presque deux ans, impossible d’ouvrir cette nouvelle annexe pour cause de « landlord delays » (retard du propriétaire) comme le disent très diplomatiquement les deux fondateurs. Qu’à cela ne tienne, lassés d’attendre le droit de lancer la production dans la « boite de verre » (surnom de cette seconde implantation), les deux propriétaires se décident à acheter un troisième local uniquement dédié au brassage et à la vente sur place. Ce nouveau site dont l’ouverture est prévue à l’été 2016 permettra d’enfin faire respirer le « garage » d’Ossington avenue et pourquoi pas de vendre des produits en dehors de Toronto.

bellwoods_b3Source (bravo petite sœur) : Jeanne22

En attendant de pouvoir étendre leur production de bières vieillies par l’acquisition de nouvelles foudres, la brasserie a stabilisé sa production et propose en continu pas moins de 8 excellentes bières : Wizard Wolf (Dry Hopped Session Ale), Witchshark (Imperial IPA), Grognard (Session Stout), Hellwoods (Russian Imperial Stout), Monogamy (Single Hop Series), Farmhouse Classic (Saison Belge), Grizzly Beer (American Brown Ale) et Lost River (Porter Baltique).

Bref vous l’aurez compris, si vous vous rendez à Toronto, Bellwoods est un passage obligatoire et ce qu’on soit un fondu de bière ou pas, tant l’ambiance, les excellents plats et le cadre sont agréable dans le pub – vous aurez peut-être à attendre un peu pour avoir une place, mais vous ne le regretterez pas.

2 – La dégustation

 

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  • Monogamy Mosaic 2016 (6.4%), type  Pale Ale (Single Hop) :

Œil : Blond doré avec de beaux reflets orangés, la mousse est belle mais ne dure pas très longtemps.
Nez : Ça sent bon la céréale fraîche accompagnée par de belles touches tropicales discrètes mais bien présentes. Il y a quelque chose d’assez minéral et on peut même deviner des éclats de levure légèrement citronnés.
Bouche : L’attaque se montre étonnamment douce puis laisse toute la place à la vague tropicale typique du mosaic : mangue et ananas avec un petit zeste de pamplemousse. Chose surprenante, on a le droit à un retour presque herbacé et poivré ultra agréable et qui ferait presque penser à un belle Pale Ale anglaise.
Appréciation : La Monogamy est une série de Pale Ales brassées avec un seul houblon, et en tombant le mois du batch de mosaic j’ai été plutôt chanceux. Ce houblon, qui est un de mes favoris, se montre encore plus appréciable dans une bière de type Pale Ale peu amère qui sait laisser toute la place à l’aromatique ultra tropicale du mosaic.

  • Farmhouse Classic (5.4%), type  Saison belge :

Œil : Mousse d’un blanc immaculé qui recouvre une bière d’un joli jaune paille, plutôt trouble et pointillé de fines bulles.
Nez : Beau nez citronné, on distingue des effluves de coriandre fraîchement coupée qui rappelleraient presque une bière de blé de type belge.
Bouche : On commence sur un grain frais très agréable accompagné par des éclats citronnés. Le retour laisse la part-belle à la levure qui – oh surprise ! – se rapproche plus d’une blanche allemande que d’une saison belge avec son côté pain de bananes. On retrouve en fin de dégustation un caractère sec et citronné.
Appréciation : Cette Saison est finalement loin d’être classique. Elle a tout d’une belge jusqu’à ce que les levures viennent foutre le bordel là dedans et font de cette saison « classique » une bière un peu spéciale. Sa fin sèche et citronnée en font une bière hautement désaltérante et parfaite par beau temps.

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  • Wizard Wolf (4.8%), type  Pale Ale Américaine :

Œil : Orangée avec de beaux reflets dorés. Les bulles sont bien actives et la mousse est plutôt dense même si elle ne dure pas vraiment.
Nez : Ça sent bon les agrumes frais, peu sucrés et les effluves citronnées qui pétillent directement dans les narines donnent envie de goûter rapidement cette bière
Bouche : Contrairement à ce que l’odeur pouvait laisser penser, l’attaque se montre finalement plutôt tranquille. Le citron et le côté peau de pamplemousse sont bien là, posés sur un malt peu sucré aux belles notes de pain frais.
Appréciation : Cette Pale Ale américaine houblonnée à cru surprend avec son nez « feu d’artifice » et son goût plus posé mais très aromatique. La base maltée, fraîche, sèche et presque anglaise (encore une fois), se marie vraiment bien avec cette salade d’agrumes peu amère et donne au final une bière très agréable et facilement buvable.

  • Barn Owl n°3 (6.5%), type  Assemblage de Saisons (vieilli en barriques) :

Œil : Corps jaune orangé et trouble, la mousse est inexistante. Il y a ce je ne sais quoi de typique aux bières surette dans l’apparence de cette bière qui est difficile à expliquer (un jour j’y arriverai, promis).
Nez : Acidité légère qui picote le nez, puis éclats de fruits jaunes et juteux – pêches, mangues – accompagnés par du citron frais.
Bouche : Bière aux bulles très fines et agréables sur la langue, on distingue en premier les bretts plutôt légères et qui laissent rapidement le caractère acidulé s’exprimer. A ce côté surette et citronné déjà très agréable se rajoute ensuite une vague de pèches fraîches et juteuses surprenante et délicieuse.
Appréciation : Ce troisième assemblage de saisons vieillies en barriques de chêne a été brassé avec des pêches de la région de Niagara toutes dénoyautées à la main par l’équipe de brassage, et quand on sait que ce brassin représente 5000 bouteilles de 500ml, ils ont eu bien du courage. Mais le travail de sape n’a pas été vain car cette bière est tout bonnement excellente, la balance entre les levures sauvages un peu terreuses, l’acidité citronnée et les pêches fraîches est superbe et je regrette déjà de ne pas en avoir acheté plus …

2 thoughts on “Bellwoods, la brasserie qui donne le LA

  1. Bel Article! Il va falloir y aller alors! Quelle autre brasserie as-tu visité lors de ton parcours?

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