A la découverte de Frampton Brasse

1 – La brasserie

Pour ce premier billet sur une brasserie québecoise, j’ai choisi de vous parler d’un établissement situé dans la Beauce. Cette région naturelle, qui tient son nom de la plaine céréalière du centre de la France, est située au cœur de la région administrative de la Chaudière-Appalaches sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent.

C’est en 2009, dans le fief des « jarrets noirs » s’étendant le long de la rivière Chaudière que l’histoire de Frampton Brasse débute. La famille Poulin s’installe dans cette ferme acquise en 2003 pour se lancer dans la culture d’orge et de houblons, avant d’y effectuer ses premiers essais brassicoles dès 2010.

famille_poulin_framptonLa famille Poulin (Gilbert, Virginie, Justine et Paul)
Source : framptonbrasse.com

Ensuite tout va très vite, la ferme obtient sa licence de brassage en 2011 et dès la fin de l’été de la même année la brasserie propose déjà ses deux premières bières : la Sieur de Lery (pilsener) et la St-Edouard (pale ale).

Dès le départ, l’entreprise familiale se distingue par ses choix de productions : tous les ingrédients sont produits sur place, l’eau est puisée à même la source, et les cuves de fermentation fonctionnent par géothermie.

Récent diplômé en aérotechnique et passionné par cette nouvelle aventure, l’aîné de la famille (Gilbert) décide de passer une partie de l’année 2012 à Berlin au sein du prestigieux Versuchs-und Lehranstalt für Brauerei in Berlin, aussi plus simplement appelé VLB. Il y suivra une formation abordant tous les paramètres entourant le brassage, de la matière première au produit fini.

frampton_pilsSource : bestofquebec.ca

De sa formation allemande, Gilbert ramènera une technique de brassage peu répandue sur le continent nord-américain – le brassage « par décoction ». Cette technique consiste à faire bouillir le malt et l’eau (empâtage) à la manière d’une bonne grosse soupe plutôt que d’utiliser la méthode dite « d’infusion ». Ce procédé typiquement germanique permet un meilleur contrôle des enzymes responsables de la transformation des sucres, notamment en inhibant leurs actions durant la phase de la filtration.

Fin 2011, c’est la Nuit d’Automne (brune de type belge) qui vient s’ajouter au catalogue des bières régulières. Elle sera rapidement suivie par la Benedict Arnold (IPA anglaise) en 2012, année où la brasserie décide de s’agrandir pour répondre à la demande croissante : un nouveau bâtiment de 400m2 voit le jour et le salon d’accueil est agrandi pour accueillir cinq fois plus d’amateurs de bière.

ferme_framptonSource : destinationbeauce.com

En 2013, nouvelle bière, nouvel agrandissement de la brasserie Frampton: l’arrivée de la double IPA coïncide avec l’augmentation de la capacité de fermentation.

Désormais à l’aise, la brasserie sortira trois nouveaux produits entre 2013 et 2015 – un Stout Imperial Russe, une blanche allemande houblonnée (Hopfenweisse) et une Irish Red Ale (la 1815) -cette fois sans agrandissement supplémentaire, et 2015 marquera le franchissement de la barre des 2000hL produits par an.

2 – Les bières :

Petite évolution pour cette partie, désormais j’essaierai de vous présenter plusieurs produits proposés par les brasseries en vedette. Cette approche me permettra d’aborder le plus de styles possibles et surtout de contenter une plus large gamme de « palais », persuadé que parmi les 3 ou 4 bières que je vous présenterai, vous trouverez un style qui vous parlera.

testing_frampton

  • Sieur de Lery (5%), type Pilsener :

Oeil : Belle robe de couleur paille dorée chapeautée d’une mousse quasi inexistante.
Nez : Le nez n’est pas vraiment parlant avec ses légers arômes de céréales, mais comme pour le visuel c’est plutôt normal pour le style.
Bouche : On retrouve une amertume bien sèche, typique des du genre, tout en réussissant à éviter le piège du goût presque métallique dont souffrent pas mal de soit-disant pilsener.
Verdict : La Pilsener est souvent une bière simple à décrire, facile à boire, mais difficile à réaliser. Son côté léger ne pardonne pas les erreurs qui sont plus facilement discernables que dans les bières plus maltées. Ici, Frampton frappe fort avec une pilsener dont l’amertume presque minérale fait de cette bière la boisson désaltérante parfaite par jour de grosses chaleurs (ou pas).

  • Hopfensweisse (7.5%), type Hefe weisse houblonné :

Oeil : Belle robe orangée couverte par un col de mousse très fin mais persistant. On distingue une belle carbo bien fine.
Nez : Plutôt surprenant pour le style. On retrouve les habituels arômes de banane auxquels se rajoutent d’étonnantes notes de mangue apportées à ne pas douter par le houblon Galaxy.
Bouche : On reste dans la surprise avec une attaque qui rappelle à la fois la banane et le bonbon arlequin avant de laisser la place à une touche saline complètement inattendue. Si au nez c’est le houblon australien qui se montrait le plus présent, en bouche c’est son voisin néo-zélandais (Nelson-sauvin) qui se fait le plus virulent en proposant des arômes troublants et complexes : on pense à la fois à du vin d’orge, à du moût de vin blanc et même à de la vodka-orange.
Verdict : Avec sa gamme de saveurs fortement originale, cette weisse est à la fois totalement dans le style et complètement à part. Ce superbe produit, un peu OVNI, est à tester absolument car je suis persuadé que le mélange d’arômes donnera des résultats différents en fonction des palais de chacun.

  • Nuit d’automne (10%), type Brune forte belge :

Oeil : Beau noir presque opaque avec des reflets acajou. Les larmes qui apparaissent lorsqu’on penche un peu le verre nous indiquent qu’on est bien en présence d’une bière forte.
Nez : Les arômes de fruits mûrs (pruneaux), d’épices et de caramel rappellent immédiatement les brunes belges.
Bouche : L’attaque est puissante et mélange les pruneaux, les fruits confits et toujours cette petite pointe d’épices. Certes le breuvage est d’un premier abord bien sucré mais c’est surtout la puissance de l’alcool qui finit par prendre le dessus et qui reste un bon moment en bouche avant de laisser la place à une légère amertume finale évoquant les malts grillés.
Verdict : Ayant un penchant pour les bières bien sèches (pas forcément amères), je ne suis pas forcément fan des brunes fortes d’inspiration belge. Cependant, ici Frampton nous propose une bière puissante en alcool mais non liquoreuse, les épices sont légères et ne prennent pas toute la bouche et l’amertume torréfiée finale plus que bienvenue rend la Nuit d’Automne encore plus agréable à boire. Vous aimez la Trappiste Rochefort 8 ou la Westmalle Double Brune ? Cette bière est définitivement faite pour vous.

  • IIPA (8%), type double IPA :

Oeil : La présence du col de mousse est plus que fugace, et nous laisse admirer une belle couleur orange bonbon.
Nez : Nez légèrement résineux rappelant le berlingot à l’orange amère (ou la marmelade).
Bouche : Attaque caramel et écorce d’orange suivi d’une phase maltée modérément sucrée. La dégustation se termine sur une amertume plutôt verte bien longue.
Verdict : Bonne double IPA avec un caractère malté et résineux bien marqué. C’est peut-être le produit que j’ai le moins apprécié parmi ces 4 bières, mais cette IIPA reste un produit de très bonne qualité.

Ne vous fiez pas au côté parfois rustique de leurs étiquettes, Frampton Brasse est une brasserie qui vaut vraiment le détour surtout lorsqu’on réalise qu’ils ne sont installés que depuis 4 ans seulement. J’ai hâte de pouvoir tester leurs brassins spéciaux, ainsi que leur Imperial Stout et ne manquerai pas de vous en parler dans un article un peu plus succinct.

Site web : framptonbrasse.com

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